Les règles formelles du jeûne

Les règles formelles du jeûne selon le madhab (école de jurisprudence) malikite


Voici un résumé des règles formelles à respecter pour le jeûne. Il a été établi à partir de la page http://www.doctrine-malikite.fr/Jeune-du-mois-de-Ramadan_r31.html et des liens qui en dépendent. On s’y reportera donc si l’on veut plus de détails. La version imprimable en deux pages est ICI.

De plus, on pourra consulter avec profit l’ouvrage de Corentin Pabiot, Précis de Fiqh malikite, éditions Maison d’Ennour.


I. Le quatrième pilier

Dieu dit dans le Coran : « Oh vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés, ainsi atteindrez-vous la piété » (2,183) C’est ce verset qui a officialisé l’obligation du jeûne du Ramadan lors de la seconde année de l’Hégire. Il s’agit du  mois de l’année islamique. C’est le quatrième pilier.« Siâm » en arabe signifie « s’abstenir de … ». Dans le sens religieux, il s’agit de s’abstenir de tout ce qui peut rompre le jeûne : manger, boire, et avoir des rapports sexuels, de l’aube au coucher du soleil.

II. L’intention

Selon le madhab malikite, l’intention se formule dans le for intérieur, une fois pour tout le mois, avant l’aube du premier jour. Si elle est émise dans la journée du premier jour, le jeûne est invalidé. L’intention implicite manifestée est valable, comme par exemple prendre le « souhour » avant l’aube pour jeûner.

III. Les personnes concernées et les personnes dispensées
1. Concernées

• La personne musulmane.
• La personne pubère (Le jeûne de l’enfant est accepté malgré cela).
• La personne saine d’esprit.

2. Dispensées

• Le malade dont le cas s’aggraverait par le jeûne ou dont la guérison serait retardée par celui-ci ou le malade dont la maladie rend le jeûne trop pénible.
• Le combattant dans la voie de Dieu qui craint pour ses forces.
• La personne trop âgée pour qui le jeûne serait nuisible.
• Le voyageur (voyage licite, réduction des prières validée par une distance suffisante). Mais il est préférable de jeûner pour les malikites, sauf en cas de difficultés.
• Celui qui devient fou ou s’évanouit à l’aube ou après, pendant au moins la moitié de la journée.
• La femme enceinte s’il y a à craindre pour elle ou son fœtus (Il convient de demander l’avis d’un médecin sérieux et non réfractaire au jeûne).
• La femme qui allaite et qui craint pour la santé du bébé ou d’elle-même.

IV. L’interdiction du jeûne.

Il est interdit dans les cas suivants :
• Le jour de l »Aïd el Fitr, le jour de l »Aïd el Adha et les deux jours qui suivent ce dernier (pour le résident non pèlerin). Pour les malikites, il est déconseillé (makrouh) de jeûner le quatrième jour après l’ ‘Aïd el Adha.
• Danger évident ou préjudice pour la santé.
• Les lochies pour la femme.
• Les menstrues de même.
• Le jeûne surérogatoire de la femme sans autorisation de son mari présent.

V. Ce qui invalide le jeûne…

1. … et qui entraîne seulement le rattrapage (qadâ) du jour manqué

• Rupture involontaire en général. Celui qui boit ou mange involontairement doit cesser dès qu’il s’en rend compte et continuer son jeûne.
• La femme enceinte qui ne jeûne pas pour raisons de santé pour elle ou son bébé.
• La femme qui a ses menstrues ou qui est en état de lochies. La femme qui doute si ses règles ont cessé avant ou après le fajr, jeûne ce jour de Ramadan et le rattrape après.
• Celui qui rompt le jeûne en croyant que le maghreb est arrivé alors que ce n’est pas le cas.
• Le voyageur qui rompt son jeûne au cours du voyage.
• Celui qui vomit après s’y être forcé, sans avaler après, pas celui qui vomit involontairement.
• Celui qui se remplit volontairement de la vapeur de l’encens ou de la marmite.
• Sortie de sperme après attouchement à l’égard de sa femme alors que la personne ne savait pas qu’elle était sensible et que le sperme risquait de sortir, sauf s’il prolonge volontairement les caresses., auquel cas il doit aussi l’expiation.
• Sortie de « madhy » (liquide transparent) après attouchement volontaire envers sa femme.
NB : la « fidya » remplace le rattrapage pour les personnes qui ne peuvent pas du tout jeûner : elle est recommandée et consiste à nourrir un pauvre pour chaque jour non jeûné. Elle est aussi due, en plus du rattrapage,pour la personne qui a négligé de rattraper un jour manqué avant le ramadan suivant.

2. … et qui entraîne le rattrapage et l’expiation (kaffâra)

• Rompre volontairement son jeûne sans excuse valable et sans contrainte en mangeant, en buvant ou en ayant un rapport sexuel.
• Une interprétation incohérente et non justifiée pour rompre le jeûne.
• Cesser volontairement l’intention de jeûner.
• Sortie de sperme après attouchement à l’égard de sa femme alors que la personne savait qu’elle était sensible et que le sperme risquait de sortir.
• Celui qui vomit après s’y être forcé et qui ravale.

La kaffâra consiste à réparer sa faute, pour chaque jour non jeûné, par l’un des trois moyens suivants :
• Libérer un captif.
• Jeûner deux mois consécutifs.
• Nourrir 60 pauvres. C’est la solution préférée pour les malikites. La quantité : un «mudd» (environ 600 grammes) de la nourriture du pays (blé, orge, …) ou un repas complet. Pour les hanafites, c’est deux repas complets. A contextualiser selon la valeur d’un repas dans le lieu ou l’on est.

NB : on recommencera cette expiation autant de fois qu’il y aura eu de jours au cours desquels le jeûne aura été enfreint.

La kaffâra doit remplir 4 conditions :
• Rupture pendant le Ramadan : en dehors non.
• Rupture volontaire, sans contrainte, ni oubli, ni excuse.
• Interprétations non fondées.
• Connaissance des règles à suivre.

La kaffâra ne peut pas être donnée à ceux  dont on a la charge : parents, enfants,…

VI. Ce qui ne rompt pas le jeûne

• Avaler sa propre salive, les sécrétions de son nez, sa gorge ou ses poumons.
• Sortie de « madhy » involontaire.
• Sortie de sperme pendant le sommeil.
• Vomir involontairement sans rien avaler.
• Se frotter le dents avec l’Arak.
• Se baigner pour se rafraîchir.
• Se rincer la bouche.
• La fumée du bois ou l’odeur de nourriture.
• Vomissement sans rien avaler.
• Avaler quelque chose d’inévitable : mouche, poussière, fumée, pollution…
• le hénné, la pommade dans les cheveux, le khol si son goût n’arrive pas à la gorge (rattraper sinon)
• Goûter ou mâcher un aliment (pour un bébé) sans avaler (makrouh).

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