Le sens de la parole en Islam

Ce qui distingue le musulman ne réside pas seulement dans ses actes visibles, mais dans la manière dont il se comporte et, surtout, dans la manière dont il parle. Chaque mot prononcé engage sa responsabilité. Avant de parler, il s’interroge : que vais-je dire ? Ce mot peut-il blesser ? Peut-il choquer ? Peut-il transmettre le message avec justesse ?

La parole n’est jamais anodine. Elle peut construire ou détruire. Dans un moment de colère, elle peut devenir une arme. Or la colère altère le jugement, déforme la pensée et corrompt l’expression. C’est pourquoi le croyant apprend à se taire lorsqu’il sent la colère l’envahir.

Se retirer, garder le silence, attendre que l’émotion retombe : voilà une discipline intérieure essentielle. La maîtrise de la langue fait partie intégrante de la foi.

L’exemple d’Bilal ibn Rabah et d’Abu Dharr al-Ghifari

Un épisode célèbre illustre cette exigence morale.

Un jour, un différend opposa Abu Dharr à Bilal ibn Rabah, compagnon du Prophète ﷺ, ancien esclave d’origine africaine. Dans un accès de colère, Abu Dharr le traita de « fils de négresse ».

Lorsque Bilal rapporta l’insulte au Prophète Muhammad ﷺ, celui-ci convoqua immédiatement Abu Dharr. Il lui déclara : « Tu es un homme ignorant. Ne sais-tu pas qu’il n’existe aucune supériorité d’un être humain sur un autre en raison de sa couleur ou de son origine ? La seule distinction valable réside dans la piété et le comportement. »

Sidna an-Nabi ﷺ demanda il y a de cela 1400 ans : « De quelle époque viens-tu pour avoir de tels préjugés ? »

Cette réprimande n’était pas anodine. Elle signifiait que certains propos sont incompatibles avec l’éthique islamique, même s’ils surgissent sous l’effet de la colère. Pour un musulman, cela ne « se comprend » pas. La foi exige un contrôle de soi supérieur.

Profondément affecté par ces paroles, Abu Dharr posa son visage sur le seuil de la porte et déclara qu’il ne se relèverait pas tant que Bilal ne marcherait pas sur son visage avec ses chaussures. Tout cela pour un mot. Un seul mot.

Le cheminement vers Allah passe par le bon comportement, et en particulier par la maîtrise de la parole. Et la meilleure des paroles est souvent le silence.

Le silence comme discipline

Dans cette perspective, la meilleure parole est parfois le silence. Lorsque l’on n’a rien à dire, il vaut mieux se taire. Apprendre à se taire est une étape fondamentale de l’éducation spirituelle.

Le Coran constitue à cet égard une véritable école du langage. Chaque terme y est choisi avec une précision remarquable. Il enseigne non seulement des croyances et des règles, mais aussi une manière de parler, d’interroger, de répondre.

L’homme, comme le montre le Coran, peut atteindre un état tel que ses paroles ont un effet direct sur le monde. Il peut dire à une chose « Sois » et elle se réalise.

La subtilité des mots dans l’histoire de Salomon

Un exemple frappant se trouve dans le récit de la rencontre entre le prophète Salomon et la reine de Saba décrite dans le Coran.

Avant l’arrivée de la reine auprès de Salomon, ce dernier demanda si quelqu’un pouvait lui ramener le trône de la reine du Yémen jusque dans son propre palais en Palestine. Un homme savant, détenteur d’un savoir, affirma pouvoir transporter le trône de la reine en un clin d’œil.

C’est bien le Coran – c’est-à-dire Dieu ﷻ qui l’affirme, pas un hadith faible et douteux, pas une parole humaine – qui déclare qu’un homme a pu déplacer sur des milliers de kilomètres, instantanément, un objet aussi massif grâce à sa science, sa connaissance.

Lorsque la reine de Saba arriva auprès de Salomon, son trône se trouvait déjà là. La question qui lui fut posée ne fut pas : « Est-ce ton trône ? » Mais : « Est-il comme cela, ton trône ? » La différence est immense.

Si on lui avait demandé : « Est-ce ton trône ? », la question aurait implicitement admis la possibilité qu’on ait réellement déplacé son trône, chose a priori impossible. En formulant la question autrement — « Est-il comme cela, ton trône ? » — on introduisait une nuance, laissant place au doute : il pouvait s’agir d’une imitation, d’un objet ressemblant au sien. La question restait volontairement floue.

La reine répondit avec une intelligence remarquable : « On dirait que c’est lui. » Elle n’affirma pas qu’il s’agissait réellement de son trône, ni que ce n’était explicitement pas le sien. Elle adopta une formule prudente, porteuse de deux sens.

Si c’était réellement son trône, elle avait vu juste. Si ça ne l’était pas, elle n’avait fait que souligner la ressemblance, sans rien affirmer. Sa réponse la protégeait dans les deux cas : si elle avait franchement dit « oui » et que ce n’était qu’une imitation, ou « non » et que c’était bien le sien, la reine se serait ridiculisée devant Salomon en montrant qu’elle ne connaissait même pas son propre trône.

Ce passage nous montre comment le Coran nous enseigne la pertinence dans la parole et le poids des mots : tout a un sens.

La parole et le divorce

Sheikh AbdelAziz nous avertit : faites attention, chers frères et sœurs, à tout ce que vous faites et dites et surtout à votre comportement vis-à-vis d’Allah. En général, il faut être vigilant dans son attitude envers les hommes d’Allah (Ses bien-aimés), avec nos frères, avec nos femmes.

Dans le droit musulman, Dieu ﷻ a donné à l’homme le pouvoir de divorcer de son épouse par une simple parole. Un mot suffit. Il suffit qu’il la prononce pour que son épouse soit divorcée. Cheikh nous met en garde :

« Ne prononcez jamais ce mot, c’est une parole interdite. »

Comme il nous le rappelle souvent, le divorce est une aberration pour le croyant qui a foi en Dieu ﷻ et qui comprend que son épouse est un don divin par lequel Dieu ﷻ l’éprouve et le perfectionne. Quel message l’islam nous transmet-il quand le divorce est consommé suite à une simple phrase ?

Que la parole produit des effets réels. Certains savants d’ailleurs, conscients de la gravité du terme évitent même de prononcer explicitement la formule « divorce » (talaq) lorsqu’ils enseignent les règles du divorce. Ils en parlent, l’analysent, l’expliquent, mais s’abstiennent de l’énoncer directement et ne font qu’épeler le mot. Cela témoigne d’une profonde conscience du poids des mots.

Un mot peut mener à la perdition

Un hadith du Prophète ﷺ nous met également en garde :

« L’homme dit une parole sans y prêter attention, qui le fait tomber en Enfer à une profondeur de 70 ans. » (Rapporté par l’imam At-Tirmidhi)

Pour un mot dont il n’a pas mesuré la portée, lâché dans un moment de colère, l’Homme peut finir damné pour l’éternité.

Une éthique de la vigilance

Il ne s’agit pas d’exagération rhétorique : c’est un appel à la vigilance permanente. C’est ce que nous enseignent notre Prophète bien-aimé ﷺ et l’islam en général.

Sheikh AbdelAziz nous enjoint donc à être de véritables « hommes », c’est-à-dire des adultes responsables, vigilants, dont la parole est mesurée. Faire attention à ce que l’on dit, à ce que l’on fait. C’est cela qui doit distinguer le musulman. Combien de fois Sheikh nous demande-t-il de retenir nos langues ?

En ce mois béni de Ramadan, il est temps de jeûner vraiment : pas seulement se priver de nourriture, mais se priver de toute parole inutile.

Que Dieu ﷻ nous aide, chers frères et sœurs, à appliquer ces précieux conseils, afin que nous puissions tous nous rapprocher de Sa satisfaction.

   Chers frères et sœurs, des assises de dhikr 📿 sont organisées chaque semaine en France et à l’étranger. Remplissez ce formulaire pour y participer, nous nous ferons une joie de vous y retrouver inchaAllah : https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSc6tZY674Lry6QjoR18ijZzkmA3k5iNiQtu6O_cs1aq-cHArQ/viewf

Article tiré de la vidéo suivante :

Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest
WhatsApp

En savoir plus sur Maroc spirituel

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture