C’est une trivialité que d’affirmer qu’on ne peut jamais s’éduquer seul. Par définition, l’éducation implique que l’on puise le savoir à acquérir d’une source extérieure – d’un parent, d’un livre, peu importe…
Mais qu’en est-il de celui qui prétend s’éduquer seul, et notamment en matière de religion et de spiritualité ? Qui est son maître ? Car nombreux sont ceux qui ont aujourd’hui la prétention de pouvoir se charger seul de leur éveil spirituel.
Celui qui décide de s’occuper de lui-même sans guide, il confie en réalité son ego… à son ego. Son maître devient alors son propre Moi. Inutile de dire que ce n’est pas là le meilleur des éducateurs.
Conseillerions-nous à un enfant d’apprendre à nager seul en lui disant de simplement se jeter à l’eau ? La nage intuitive du petit chien le maintiendra certes à flot pendant un court instant, mais il ne pourra jamais développer sans maître nageur le crawl ou la brasse, autrement plus sûre et efficace.
À l’inverse, s’en remettre à un guide déjà aguerri signifie éviter les écueils, profiter des raccourcis et surtout, s’assurer d’arriver à bon port ! C’est ce que permet Sheikh lorsqu’on accepte de le suivre dans le cheminement de la foi qui conduit à Dieu ﷻ.
Cheminer sans perdre de temps
S’il semble facile de s’abandonner à l’autorité d’un plus savant que soi, cela nécessite toutefois une condition première fondamentale : la soumission.
Imaginons un homme seul perdu en plein désert, désespéré, à l’article de la mort. Le voilà qui, par bonheur, croise la route d’un chamelier. Si ce dernier lui indique que le chemin à suivre est « Par là », lui répondra-t-il : « Non, moi, je préfère passer par ici » ? S’il commence à résister, à discuter l’itinéraire, le guide finira par lui dire : « Très bien, vas-y donc. » La première condition est donc la soumission.
Se soumettre à son Sheikh dans la voie spirituelle signifie accepter d’être conduit. Bien sûr, on a le droit de discuter. On vit dans un monde où existent la liberté, la démocratie, le droit à la parole. Rien n’interdit de poser des questions. Mais il faut savoir ce que cela implique : cela fait perdre du temps.
On s’arrête. On hésite. On interroge. On doute. On réclame des éclaircissements. Le Sheikh, lui, reste patient. Il ne désespère pas. Il peut garder un disciple auprès de lui pendant cinquante ou soixante ans sans qu’il n’ait avancé d’un centimètre. Il le garde auprès de lui, il l’accompagne, il ne le brusque pas. Mais si le disciple refuse de se soumettre, s’il veut être le maître de son propre maître, il perd son temps. Il ne progresse pas.
Il n’y a toutefois aucun problème à se poser des questions sur son Sheikh, sur la réalité de Sheikh, sur ce qu’il dit ou fait. Cela n’est pas gênant en soi. Ce qui change tout, c’est l’attitude intérieure.
Celui qui se soumet, qui a confiance, qui lâche prise, gagne un temps immense. Celui qui discute sans cesse, qui résiste intérieurement, n’est certes pas sur le mauvais chemin, mais il ralentit considérablement son propre cheminement.
L’exemple de Moïse et de Al-Khadir
L’histoire de Moïse (paix soit sur lui) et de son maître Al-Khadir citée dans le Coran (dans la sourate al-Kahf) est éclairante.
Lorsque Moïse (paix soit sur lui) demanda à suivre Al-Khadir pour apprendre de lui, la première condition posée fut claire : « Ne pose pas de questions, soumets-toi et suis-moi, même si ce que tu vois te semble inacceptable ».
Moïse ne put toutefois résister. Dès la première épreuve, il posa une question. À la deuxième, il en posa une autre. À la troisième, il ne put toujours pas se retenir. Son maître finit par lui dire : « Arrête. Tu deviens un handicap à la fois pour moi et pour toi-même. »
Al-Khadir donna ensuite les explications des trois épreuves à Moïse (paix soit sur lui). Mais après ces explications, la séparation fut actée. Que perdit le prophète de Dieu ﷻ à cause de ses interrogations et de ses doutes ? Il perdit son maître.
L’enseignement est clair : les questions ne sont pas mauvaises en soi. Mais elles peuvent couper le cheminement si l’on n’apprend pas à faire confiance à son Sheikh.
La patience face aux incompréhensions
Quand un frère doute, quand il interroge, le Sheikh répond. Il y a toujours une réponse, il faut en être certain.
En effet, le Sheikh n’agit pas de lui-même. Il ne parle pas selon son caprice personnel. Il est lié à la loi de Dieu, à la chari’a d’Allah. Ce qu’il fait, il ne le fait pas pour lui-même. Il a tout donné, il a remis tout son être au service de cette voie. Alors si des doutes surgissent, il faut patienter. Un jour viendra où l’on comprendra.
Il arrive que des paroles du Sheikh paraissent invraisemblables au moment où on les entend. On se dit : « Mais qu’est-ce qu’il raconte ? » Vingt ou trente ans plus tard, on découvre leur sens. Ce qui semblait inacceptable devient lumineux. Ce qui paraissait incompréhensible devient évident. C’est ce dont témoigne Sheikh AbdelAziz lui-même dans sa relation avec son propre Sheikh.
La compréhension vient avec le temps. Il faut donc savoir être patient, ce qui est impossible si l’on n’a pas une solide confiance en son Sheikh.
Confiance et lâcher-prise
Au fond de lui, le disciple sait que le Sheikh l’aime. Il sait qu’il ne lui veut pas de mal. Il sait qu’il ne cherche rien d’autre que son salut. Cette certitude intime existe, même si le mental résiste. Le cœur sait.
Si celui qui nous guide nous veut du bien, alors soumettons-nous. Se soumettre ne signifie pas cesser d’exister. Cela signifie ne pas être pressé, ne pas exiger immédiatement des explications. Avoir de la patience. Les éclaircissements viendront. Les interprétations viendront. Les raisons profondes de ce qui est demandé finiront par apparaître.
Donner sa main à un Sheikh, donner sa main à un guide, suppose que cette main soit douce. Sans crispation. Sans résistance intérieure permanente. Si l’on résiste, on s’attarde, voire pire, on peut finir par perdre le Sheikh lui-même.
Dans cette voie, la perte la plus grande n’est pas d’avoir posé une question. C’est d’avoir laissé l’égo reprendre la direction.
Chers frères et sœurs, que Dieu nous accorde de trouver un guide sincère et bienveillant, de lui accorder notre confiance, et de le laisser nous conduire jusqu’à la Présence et à la Satisfaction divines.
Chers frères et sœurs, des assises de dhikr
sont organisées chaque semaine en France et à l’étranger. Remplissez ce formulaire pour y participer, nous nous ferons une joie de vous y retrouver inchaAllah : https://docs.google.com/
Article tiré de la vidéo suivante :