Question posée : « Sheikh AbdelAziz reconnaît-il également la possibilité pour des femmes d’être parmi les héritiers spirituels de Sidna Muhammad ﷺ ? Car, lorsqu’il évoque les héritiers, il parle uniquement des fils et des hommes, sans faire mention des femmes. »
Voici l’ébauche d’une réponse que nous avons proposé pour tenter de répondre quelque peu à cette question.
La place centrale de la femme en Islam
Sheikh AbdelAziz ne cesse de rappeler qu’il est toujours du côté des femmes, qu’il n’oublie jamais la condition féminine ni la place essentielle de la femme au sein de la communauté.
La femme doit être le pilier, le pivot, l’axe et la base sur laquelle notre communauté humaine doit s’appuyer pour évoluer. Négliger les femmes, c’est négliger la moitié de notre humanité.
Il souligne que, même lorsque le Coran s’exprime au masculin, il s’adresse aux hommes et aux femmes sans distinction. Le masculin, dans ce contexte, n’est qu’une convention grammaticale et ne doit jamais être compris comme un signe d’exclusion.
Dans le langage du Coran, le masculin n’est pas un langage de domination du masculin sur le féminin, il ne relève pas d’un rapport de pouvoir ou de force, mais d’un langage d’universalité, qui englobe et unit le masculin et le féminin dans une même humanité. Il a une fonction d’inclusivité : il englobe l’humain dans sa totalité, sans différenciation de sexe ni de nature.
Ainsi, lorsque Dieu s’adresse aux croyants, Il s’adresse en réalité aux croyants et aux croyantes, car tous deux partagent la même vocation spirituelle et la même responsabilité devant Dieu.
« Je serai toujours du côté des femmes »
Quand Sheikh AbdelAziz dit : « Je serai toujours du côté des femmes. Je suis partial : je donne toujours raison aux femmes ! »
Sheikh illustre son propos en donnant le plus noble exemple : Fatima, fille bien-aimée du Prophète ﷺ, dont il dit : « Elle est la mère de son père » (أبيها أم فاطمة).
Cette parole est d’une portée incommensurable. Elle signifie que, d’une certaine manière, Fatima fut engendrée par le Prophète, mais qu’elle l’a elle-même engendré spirituellement.
C’est une relation de miroir : elle est la mère dans le sens où elle porte en elle la lumière muhammadienne, qu’elle diffuse et prolonge. Elle est le lieu de la continuité de cette lumière.
Dire que Fatima est la mère de son père revient à dire que le principe féminin en l’être humain est ce qui enfante et nourrit la prophétie. Le féminin n’est donc pas un simple complément du masculin : il est le sein qui engendre le sens, la matrice de la lumière.
Le féminin et le masculin sont consubstantiels : ils ne sont pas deux réalités opposées, mais deux faces d’une même essence, deux polarités complémentaires procédant de l’Unité divine.
Ils représentent deux modalités de la manifestation d’une seule réalité, deux courants issus d’une même source : le Rūḥ, l’Esprit divin. Chacun contient l’autre.
Ainsi, dans tout homme, il y a un principe féminin ; et dans toute femme, un principe masculin.
En chaque être, homme ou femme, vit ce principe féminin qui enfante la vie intérieure.
Qui sont les héritiers du Prophète ﷺ ?
Lorsqu’il parle des fils ou des héritiers du Prophète ﷺ, Sheikh AbdelAziz désigne donc les enfants spirituels, hommes et femmes, qui héritent de sa lumière, de sa science, de sa compassion et de sa miséricorde. Le masculin n’est ici qu’une convention grammaticale, non une différence ontologique. Il faut donc absolument distinguer le masculin grammatical du masculin ontologique, qui renvoie à une réalité d’essence — non à une question de genre.
Ainsi, Fatima n’est pas seulement la fille du Prophète ﷺ : elle est aussi l’une de ses plus pures héritières, porteuse et transmettrice de sa lumière.
De la même manière, toute âme, homme ou femme, peut devenir héritière de la Prophétie, selon sa sincérité et sa proximité intérieure.
C’est dans ce sens que Sheikh AbdelAziz comprend les héritiers du Prophète :
- ceux et celles qui héritent de sa lumière,
- ceux et celles qui héritent de sa science,
- ceux et celles qui héritent de sa compassion et de sa miséricorde,
- ceux et celles qui poursuivent sa mission spirituelle dans le monde.
Cette lecture rejoint parfaitement le verset (33:35), où le Coran établit un parallèle parfait et une exacte équivalence entre hommes et femmes dans la foi, la prière, la sincérité, la patience, l’humilité, la piété, la générosité et la rétribution divine. En somme, au-delà des formes et des différences apparentes et superficielles, les femmes et les hommes possèdent intrinsèquement les mêmes qualités d’âme.
« Assurément,
- a) les hommes pacifiés et les femmes pacifiées,
- b) les hommes croyants et les femmes croyantes,
- c) les hommes dévoués et les femmes dévouées,
- d) les hommes véridiques et les femmes véridiques,
- e) les hommes patients et les femmes patientes,
- f) les hommes recueillis et les femmes recueillies,
- g) les hommes charitables et les femmes charitables,
- h) les hommes jeûneurs et les femmes jeûneuses,
- i) les hommes chastes et les femmes chastes,
- j) les hommes qui invoquent abondamment Dieu et les femmes qui L’invoquent sans relâche, pour tous ceux-là, Dieu a préparé le pardon et une récompense grandiose. »
إِنَّ الْمُسْلِمِينَ وَالْمُسْلِمَاتِ وَالْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ وَالْقَانِتِينَ وَالْقَانِتَاتِ وَالصَّادِقِينَ وَالصَّادِقَاتِ وَالصَّابِرِينَ وَالصَّابِرَاتِ وَالْخَاشِعِينَ وَالْخَاشِعَاتِ وَالْمُتَصَدِّقِينَ وَالْمُتَصَدِّقَاتِ وَالصَّائِمِينَ وَالصَّائِمَاتِ وَالْحَافِظِينَ فُرُوجَهُمْ وَالْحَافِظَاتِ وَالذَّاكِرِينَ اللَّهَ كَثِيرًا وَالذَّاكِرَاتِ أَعَدَّ اللَّهُ لَهُم مَّغْفِرَةً وَأَجْرًا عَظِيمًا
De plus, le Prophète ﷺ dit : إنما النساء شقائق الرجال « Oui, très certainement, les femmes sont les sœurs jumelles des hommes ».
De même, lorsque le Coran dit : « Des hommes (rijāl) que ni le négoce ni le troc ne distraient.
Le mot « rijāl » (hommes) ne désigne pas ici des mâles, mais des êtres spirituels ِرَجاٌلََل تُْلِهيِهْم تَِجاَرةٌَوََل بَْيٌعَعْنِذْكِرَّللاِ ,(du Rappel de Dieu » (An-Nūr, 24:37). Ici, Rajul désigne celui ou celle qui se tient debout, ferme et véridique, fidèle à son engagement devant Dieu. Ce sont des êtres d’envergure, hommes ou femmes, que rien ne détourne du souvenir de Dieu.
Ainsi, la vraie virilité (rujūla) n’est pas une affaire de sexe, mais une qualité de l’âme, un maqām, une station spirituelle : la capacité à se tenir debout intérieurement et extérieurement devant Dieu, sans se laisser absorber ni distraire par le monde.
La « virilité spirituelle — Rujûliyya » n’est bien entendu pas réservée aux hommes : les femmes y ont également accès. Elle désigne la plénitude d’une perfection humaine qui transcende toute distinction de sexe. Elle représente un degré de réalisation intérieure ouvert à tous, hommes et femmes confondus. Elle exprime la plénitude d’une humanité parvenue à sa perfection, au-delà des différences sexuelles. Il existe des femmes qui sont des rijâl — des êtres accomplis spirituellement — et des hommes qui ne le sont pas.
Ainsi, la « virilité spirituelle — Rujûliyya » transcende toute distinction de genre. Elle est une qualité de l’âme offerte à qui réalise la vérité, qu’il soit homme ou femme. Cette virilité intérieure est une vertu d’être, non de sexe.
La réalité spirituelle échappe au jugement des apparences
D’autre part, Sheikh AbdelAziz dit : On voit, par exemple, une femme en jean se promener dans la rue, et que fait notre esprit immédiatement ? Il dresse aussitôt des jugements, il façonne des suppositions, il pense parfois à la critiquer, à la condamner, à la « lapider ».
Mais la vérité est ailleurs. Cette femme que nous voyons ainsi habillée peut être une Walīya, une sainte, une femme dans une grande proximité avec Dieu, dont la lumière intérieure est immense. Nous ne savons rien de qui elle est vraiment. Et pourtant, notre jugement se précipite avant même de connaître sa réalité.
Sheikh AbdelAziz nous rappelle ici une loi spirituelle fondamentale : le regard humain est limité, mais Dieu voit le cœur et l’âme. Nous avons tendance à réduire la valeur d’un être à son apparence, à son vêtement ou à son comportement extérieur. Mais l’essentiel échappe à nos yeux : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » comme l’écrit Saint-Exupéry dans Le Petit Prince.
Ainsi, le jugement hâtif est toujours une illusion de connaissance, tandis que la réalité spirituelle est cachée et subtile. Celui ou celle qui est vraiment proche de Dieu peut apparaître aux yeux du monde de manière ordinaire, voire banale, mais sa grandeur intérieure est immense.
En vérité, Sheikh AbdelAziz nous enseigne à suspendre nos jugements, à ouvrir le cœur, et à reconnaître que la sainteté ne se lit pas à l’extérieur.
En conclusion, il faut sortir de l’ostracisme et aller à la quête de l’harmonie. Car à l’origine, tout était Un. Tout homme et toute femme sont avant tout insān — un être humain, souffle de la même Essence Divine.
De cette vérité première découle une exigence : abolir tous les clivages, toutes les séparations artificielles entre hommes et femmes. Il nous faut sortir par le haut de la dualité, dépasser l’opposition des genres pour retrouver la complétude de l’Unité.
Car, comme le rappelle le Coran : « Ô vous les humains ! Nous vous avons créés à partir d’une âme unique (nafs wāḥida) » (An-Nisāʾ, 4:1)
من ن َّْفٍسَواِحَدٍة …﴾ ] النساء: 1[ ﴿ََي أَي َُّها النَّاُس اتَّ ُقواَربَُّكُم الَِّذيَخلََقُكمِ
En vérité, toute différenciation n’est qu’apparente — la réalité profonde de l’être est une, indivisible et universelle.
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