Quand on chemine vers Allah ﷻ, il faut se montrer sincère. Mais qu’est-ce qu’un être sincère ? C’est l’exemple des compagnons du Prophète Mohammed ﷺ qui va nous l’enseigner.
A chacun son degré d’avancement
Le Prophète ﷺ était un être humain qui parlait, marchait, allait au souk…, et il en était de même pour ses compagnons. Cependant, chacun percevait le secret du Prophète ﷺ et son lien avec Allah ﷻ différemment, selon son propre degré d’avancement.
On le remarque par exemple lors de cet épisode qui a précédé la hijra (l’émigration du Prophète ﷺ et de ceux qui l’ont suivi, de La Mecque vers Médine) : le Prophète ﷺ avait besoin d’argent pour organiser le grand départ vers Médine, et ses compagnons Omar et Abou Bakr répondirent à son appel. Abou Bakr apporta au Prophète ﷺ tout ce qu’il possédait, sans en rien omettre. Omar, qui, depuis longtemps, espérait (jusque-là en vain), dépasser Abou Bakr aux yeux de son bien-aimé Mohammed ﷺ, décida d’apporter la moitié de son argent, moitié dont la somme dépassait celle qu’Abou Bakr avait réunie. Il se disait qu’enfin, il pourrait accomplir ce qu’Abou Bakr n’était en pas capacité de faire. Lorsqu’ils arrivèrent chez leur Bien-Aimé Mohammed ﷺ, ce dernier leur demanda à tour de rôle : « Que laisses-tu à ta famille, après m’avoir apporté cette somme ? » Omar répondit sans détour : « Je leur ai laissé la moitié de ce que je possède ». Puis ce fit au tour d’Abou Bakr de répondre. « Je leur ai laissé Allah ﷻ et Son Prophète ﷺ. » Personne n’a compris le Prophète Mohammed ﷺ mieux qu’Abou Bakr ! S’il avait répondu autrement, en disant « Je n’ai rien laissé à ma famille », cela aurait sous-entendu que Mohammed ﷺ l’avait appauvri et qu’à cause de lui, rien n’était resté à la famille de ce fidèle compagnon. Au contraire, s’il a tout donné au Prophète Mohammed ﷺ, et qu’il laisse le Prophète en héritage à sa famille, alors il leur laisse aussi tout son argent ! C’est le Prophète ﷺ qui lui donne alors, et non plus lui qui donne au Prophète ﷺ ! C’est pour cette raison qu’il ne faut jamais dire : « J’ai donné à un tel », surtout lorsqu’on parle d’un « grand », d’une personne meilleure que nous. Sheikh AbdulAziz Al Amghari nous raconte à ce propos que lorsqu’il était petit, son père l’envoyait étudier le Coran auprès d’un fqih à la campagne. Chaque fin de semaine, il devait lui remettre une rémunération. Etrangement, son père prenait soin de lui préciser : « Mon fils, ne dépose pas l’argent à l’intérieur de la main du fqih ; laisse-le lui-même prendre l’argent par-dessus ta main tendue ». Sheikh AbdulAziz ne comprenait pas pourquoi son père l’accablait de tout ce protocole. En réalité, cela faisait référence au hadith suivant : « La main haute est meilleure que la main basse. » اليد المنطية خير من اليد المعطاءة
Chacun réagit selon ce qu’il perçoit
Revenons à Omar et Abou Bakr. En entendant leur réponse, le Prophète a commenté ﷺ : « Il y a entre vous deux le même écart qu’entre vos deux paroles ». C’est-à-dire que leurs réponses respectives reflètent leur état, leur degré dans le cheminement et témoignent de l’écart qui existe entre les deux : Abou Bakr était ainsi beaucoup plus avancé qu’Omar. Cette compréhension des choses en fonction de l’état propre à chacun explique qu’au décès du Prophète ﷺ, tout le monde ait réagi différemment et ait vécu sa « disparition », si l’on ose dire, à sa manière.
- Anas Ibn Malik déclara : « Dès que l’enterrement du Prophète ﷺ prit fin, nous ne reconnûmes plus nos coeurs, c’est-à-dire que nos coeurs sont morts avec la disparition du corps de Sidna Mohammed ﷺ. » Anas Ibn Malik ne pouvait pas vivre sans la présence de son guide, la vie de son coeur était liée à la vie de Sidna Mohammed ﷺ.
- Omar quant à lui saisit son épée et hurla : « Celui qui dit de Mohammed ﷺ qu’il est mort, je lui tranche la tête ! » Ce vaillant compagnon était-il devenu fou ? Mais les compagnons ne sont pas des hommes ordinaires : de la même façon qu’Allah ﷻ a choisi Mohammed ﷺ comme Prophète parmi toute la création, Il a choisi aussi ses compagnons. Ce sont des élus.
Le Sheikh sénégalais Ahmadou Bamba Khadimou Rasoul (que Dieu soit satisfait de lui) demandait dans un poème (une qaçida) les faveurs d’Allah ﷻ par la grâce des biens-aimés d’Allah ﷻ ; il parlait ici du Prophète ﷺ et de ses compagnons. Il faut bien comprendre que ce sont des élus.
Le Prophète ﷺ n’a-t-il pas dit : « S’il y avait eu un prophète après moi, ç’aurait été Omar. Et si quelqu’un reçoit la révélation d’Allah dans le coeur, c’est bien Omar ! » Qu’arrive-t-il donc à ce grand homme qui prétend vouloir tuer toute personne qui dirait que le Prophète ﷺ est mort ? Il ne faut pas le comprendre au premier degré, car les compagnons sont des hommes très profonds et très véridiques. Ce qu’ils disent reflètent un état, et si on ne comprend pas leur état, on ne comprend pas leur parole. En entendant la menace d’Omar, que comprenons-nous, à notre niveau ? « Pauvre homme, il est si triste d’avoir perdu son ami qu’il s’est mis à divaguer en se laissant emporter par son chagrin… ».
- Puis Abou Bakr est arrivé à son tour et a dit : « Celui qui adorait Mohammed ﷺ, Mohammed ﷺ est mort. Et celui qui adorait Allah ﷻ, Allah ﷻ est vivant et ne meurt jamais ».
Encore une fois, il y a entre ces compagnons le même écart qu’entre leurs paroles : ces dernières reflètent leur état, leur science, leur degré de leur savoir. Qu’ont-ils voulu dire ? Souvenons-nous qu’ils ont connu le vrai « Nabi »ﷺ, le Prophète, l’homme qui reçoit la prophétie), et pas seulement le Messager qui transmet le message d’Allah ﷻ . Connaître le Prophète ﷺ, c’est se mettre entre lui et Allah ﷻ et comprendre son état. Et le maître en la matière est Abou Bakr.
La réalité comprise par les compagnons du Prophète ﷺ
Il faut comprendre que les compagnons des prophètes ont une place spéciale et Allah ﷻ parle d’eux en ces termes dans la sourate 3, au verset 146 : وَكَأَيِّن مِّن نَّبِىٍّۢ قَـٰتَلَ مَعَهُۥ رِبِّيُّونَ كَثِيرٌۭ فَمَا وَهَنُوا۟ لِمَآ أَصَابَهُمْ « Et combien de Prophètes ont été tués*, et avec eux il y avait de nombreux disciples qui ne fléchirent pas malgré ce qui les atteignit ». * Sheikh AbdulAziz explique qu’ici, contrairement à beaucoup de lectures habituelles, la prononciation est bien « قَـٰتَلَ » qutil (a été tué) et non « qâtala » (a combattu). Si les compagnons des prophètes restent pour ainsi dire « droits dans leur botte » jusqu’au bout après la mort de leur prophète, que dire alors des compagnons du Prophète Mohammed ﷺ, que tout le monde sait être le Maître des prophètes ?! Les compagnons des autres prophètes seraient-ils meilleurs qu’Omar et Abou Bakr ? Ainsi, les compagnons savaient que la lumière d’Allah ﷻ qui était véhiculée par Sidna Mohammed ﷺ était le vrai but, ils savaient que le Prophète ﷺ n’était pas simplement son corps mais la lumière véhiculée par ce corps. Ils ont donc cherché à exprimer cette vérité : la réalité du Prophète ﷺ est le secret qu’il porte.
Réagir à chaud dévoile le cœur
La disparition du corps du Prophète Mohammed ﷺ est un grand événement qui a remué et a fait ressurgir ce qui était au fond des coeurs, car ce sont les événements qui entraînent des réactions « à chaud » qui font connaître une personne. Une fois, le Prophète ﷺ passa devant une dame qui se lamentait de manière très marquée, car elle avait perdu son enfant. Le Prophète ﷺ l’exhorta : « Sois patiente », mais elle ne le reconnut pas et lui rétorqua de la laisser tranquille, arguant qu’il ne pouvait lui donner des conseils car il n’avait pas subi ce qu’elle avait subi. Le Prophète ﷺ la laissa et quand elle le reconnut, elle se précipita chez lui pour lui demander pardon et lui annoncer qu’elle était patiente à présent. Mais trop tard, lui dit-il… La patience se mesure à chaud, sur le vif, car une fois l’incendie éteint, tout le monde devient patient. Revenons aux paroles des compagnons qui ont suivi le décès du Bien-Aimé Prophète ﷺ : Omar sait que la vérité, le secret et la lumière du Prophète ﷺ ne meurent jamais, c’est pour cette raison qu’il interdit : « Ne dites pas que Mohammed ﷺ est mort ! » Il a raison. Omar a peur que les gens disent que Mohammed ﷺ est mort et que cela laisse entendre que sa lumière est morte aussi. Abou Bakr est à un autre niveau. Il veut dire : « Celui qui adore le corps de Mohammed ﷺ, le corps de Mohammed ﷺ est mort, parti. Celui qui adore la lumière portée par Mohammed ﷺ, elle n’est pas morte, puisque moi, Abou Bakr, je la porte en moi ! ». Le Prophète ﷺ dit : « Si quelqu’un parle de mes compagnons, partez, n’écoutez pas. » Il ne faut pas discuter des compagnons du Prophète ﷺ, pas même en bien, car en réalité, le bien que l’on pense dire est un mal, à cause de notre mauvaise compréhension. N’est-ce pas mauvais de dire d’Omar : « Pauvre homme, il aimait tant le Prophète ﷺ qu’il s’est mis à divaguer à sa mort » ?
Rester humble quand Allah ﷻ nous honore
Allah ﷻ est Celui qui s’occupe des secrets véhiculés par les hommes d’Allah ﷻ, c’est là Son affaire. Toutefois, Il honore certaines personnes en les mettant au service de ces gens.On croit œuvrer pour l’appel à Dieu, comme si Dieu avait besoin de nous ! Sa lumière a-t-elle besoin de nous pour se propager ? Bien sûr que non, avec ou sans nous, quoi qu’il arrive, Allah ﷻ propagera Sa lumière, et s’il fait participer quelqu’un à cette propagation, c’est pour l’honorer et lui attribuer un bien. Ne croyons jamais que nous rendons service à la religion d’Allah ﷻ et du Prophète Mohammed ﷺ, aucun des deux n’a besoin de nous. Si l’on a l’honneur de participer à l’appel à Dieu, qui sert qui ? Est-ce nous qui servons le Prophète ﷺ, ou bien est-ce le Prophète ﷺ qui nous sert ? Il faut cesser de réfléchir à ces choses du point de vue de notre petite personne, et « s’éteindre devant les véridiques », comme le dit Sheikh AbdulAziz. Nous ne savons rien, et si nous ne lâchons pas ce mental, cette matière grise qui nous fait croire que c’est nous qui appelons les gens à Dieu ﷻ, elle deviendra un obstacle entre nous et la vérité. Nous croyons connaître l’anglais car nous regardons des films en anglais et nous avons appris quelques mots par-ci, par-là, mais si nous nous rendons chez un professeur d’anglais qui nous fait lire du Shakespeare, nous essayons de détecter des mots que nous connaissons, tirés des films de cow-boys que nous voyons à la télévision, et nous nous concentrons tellement là-dessus que cela nous empêche d’écouter le discours du professeur. Ce petit peu de science devient alors un handicap pour l’apprentissage. Voilà donc un bon conseil : jetez tout ce que vous pensez savoir, et écoutez le professeur. C’est là notre malheur : ce qui nous empêche d’avancer, c’est nous-mêmes : « Moi, ma science, mon savoir »… وَمَا قَدَرُوا۟ ٱللَّهَ حَقَّ قَدْرِهِۦ وَٱلْأَرْضُ جَمِيعًا قَبْضَتُهُۥ يَوْمَ ٱلْقِيَٰمَةِ وَٱلسَّمَٰوَٰتُ مَطْوِيَّٰتٌۢ بِيَمِينِهِۦSourate 39, verset 67 : « Ils n’ont pas estimé Dieu ﷻ comme Il devrait l’être alors qu’au Jour de la Résurrection, Il fera de la terre entière une poignée, et les cieux seront pliés dans Sa [main] droite. » Si l’on est incapable de connaître un homme, comment pourrait-on connaître Allah ﷻ ? Quant à connaître Sheikh, il faut un outil pour cela, et cet outil, c’est le cœur. Il faut le faire travailler par le dhikr, le dhikr, et encore le dhikr…
Chers frères et sœurs, des assises de dhikr
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Article tiré de la vidéo suivante :
https://www.youtube.com/watch?v=iFRlopQJnaY&ab_channel=MarocSpirituel-SheikhAbdulAzizAlAmghar